Je vous recommande la lecture de cet article de Pravit Rojanaphruk, qui résume bien où en est la Thaïlande sur le plan politique. Pour ceux qui ne maîtrisent pas l'anglais, j'ai fait la traduction. C'est plutôt courageux de la part de Pravit de mettre tout ça noir sur blanc, étant donné le piètre état de la liberté de la presse en Thaïlande. En effet, le royaume est classé 136 sur 180 par Reporters Sans Frontière. Ce journaliste est très surveillé par la junte, il a déjà été censuré et a même été retenu dans un « camp de réajustement comportemental » !

Pravit

Photo : RSF

 

Comment la junte a truqué, bidouillé et volé les élections

 

La commission électorale a finalement annoncé les résultats officiels des élections de 2019, plus d’un mois après le jour du scrutin. Maintenant, nous devons nous demander si l’élection était libre et juste.

 

La réponse va dépendre de votre définition de « légitime » et « équitable ». Après tout, en Thaïlande on ne manque pas de personnes qui considèrent que les coups d’état sont des moyens justes et légitimes de changer de régime.

 

A mon avis, le scrutin du 24 mars était seulement partiellement libre et pas du tout juste.

 

L’élection n’était pas libre parce que pendant 4 ans après le coup d’état de mai 2014, les partis politiques avaient interdiction de mener des activités politiques. Jusqu’à la fin de l’année dernière, les citoyens ne pouvaient pas organiser de réunions politiques de plus de 4 personnes.

 

Jusqu’à quelques mois avant le 24 mars, le paysage politique thaï était fait de restriction, voire de répression. Ceux qui s’opposaient à la junte militaire n’étaient pas en mesure de se préparer librement, de mobiliser ou de définir leurs causes.

 

L’élection était injuste parce que les règles qui la définissaient ont été établies par des personnes choisies par le leader de la junte, le Général Prayuth Chan-ocha, qui était lui-même candidat au poste de premier ministre et le restera sans doute.

 

Certains affirment qu’un référendum a entériné la constitution écrite par la junte en 2016. Mais le « oui » a gagné en partie parce que rejeter le texte aurait retardé encore plus les élections, accordant à Prayuth le droit de garder son pouvoir absolu indéfiniment. De plus, les opposants au texte ont été harcelés, certains ayant même été poursuivis pour ne pas avoir respecté l’interdiction des réunions politiques.

 

Même les soit-disant « arbitres » de l’élection de 2019, les membres de la Commission électorale, ont été choisis et approuvés par le Parlement nommé par la junte et qui le suit les yeux fermés, l’Assemblée Législative Nationale. Par conséquent, l’élection a été marquée par un redécoupage des circonscriptions et une méthode bizarre de répartition des sièges.

 

Après la fin du vote, la Commission a modifié la formule annoncée précédemment pour calculer la répartition des sièges – et voilà, le camp anti-junte n’a plus la majorité simple. Il devait avoir plus de 250 sièges, mais ils ont été réduits à 245. Ensuite, il y a le Sénat et ses 250 membres, dont 244 sénateurs nommés par Prayuth.

 

Comment un jeu peut-il être juste quand un joueur choisit ceux qui écrivent les règles (la constitution et les lois électorales), sélectionne les arbitres indirectement (la Commission électorale) et s’assure que son équipe a des joueurs supplémentaires (les 250 sénateurs qui se joindront aux 500 députés pour élire le nouveau premier ministre) ?

 

Qu’est-ce que c’est que cette élection ? Mais comme nous sommes dans un pays où certains confondent les règles de la junte avec la loi, on imagine facilement qu’ils diront que l’élection du 24 mars était libre et juste.

 

Cependant, ceux qui considèrent les initiateurs du coup d’état comme des usurpateurs y voient une mascarade destinée à faire passer le système pour un régime élu et légitime.

 

Certains se demanderont peut-être si la junte n’a pas honte. Eh bien, les militaires n’avaient aucun scrupule il y a 5 ans et ont usurpé le pouvoir par la force ouvertement. Ne croyez pas qu’ils pourraient se sentir coupables d’avoir bidouillé une élection qu’ils avaient peu de risque de perdre.